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[Critique] Princesse Mononoké, de Hayao Miyazaki

by benraconte

Histoire :

Au XVe siècle, durant l’ère Muromachi, la forêt japonaise, jadis protégée par des animaux géants, se dépeuple à cause de l’homme. Un sanglier transformé en démon dévastateur en sort et attaque le village d’Ashitaka, futur chef du clan Emishi. Touché par le sanglier qu’il a tué, celui-ci est forcé de partir à la recherche du dieu Cerf pour lever la malédiction qui lui gangrène le bras. (Allociné)


Critique
:

A l’occasion de la sortie du nouveau long métrage des studios Ghibli, je reviens sur un des succès planétaires de ce studio magique, j’ai nommé Princesse Mononoké.

En 1997, à sa sortie au Japon, Princesse Mononoké a attiré quinze millions de spectateurs. Véritable record pour un film d’animation qui a même surpassé E.T l’extraterrestre au Pays du Soleil Levant. Il a rapporté plus de 160 millions de dollars à travers le monde et a reçu plusieurs récompenses : l’Award of the Japanese Academy du meilleur film, le prix des lecteurs du meilleur film aux Kinema Junpo Awardset le Prix du film Mainichi du meilleur film d’animation et prix des lecteurs, en 1998. Un succès qui a permis au réalisateur Hayao Miyazaki de se faire connaître en Europe.

Princesse Mononoké s’inscrit dans la tradition du jidaigeki japonais, dit le drame historique japonais. Ce genre, grandiose et épique, est ponctué de nombreuses péripéties et des scènes de batailles.

Cette perle de l’animation se caractérise par des caractères poétiques et philosophiques au service d’un message fort et alarmant.
Dans ce film, le conflit entre les esprits de la forêt, symbolisant la nature, et les villageois dirigés par Dame Eboshi (qui souhaite la prospérité de son village) est une parfaite illustration de la destruction de la nature par l’industrialisation.

C’est en effet un thème cher au réalisateur qui, même en prenant le parti de la nature, prévient que la haine mutuelle qui anime les camps entraînera leur perte.
Ainsi, même le héros Ashitaka, victime d’une malédiction alors qu’il protégeait son village d’un esprit de la forêt possédé par un démon, ne parviendra pas à empêcher les conflits entre les deux adversaires.

Mais ce qui fait toute la beauté de l’œuvre, c’est la poésie et l’émotion qui se déploie en douceur et en toute neutralité malgré la violence des combats et la haine ambiante.

Cette magie est représentée par les petits esprits de la forêt et les apparitions du Dieu Cerf et nous plongent au cœur de ce monde merveilleux. Un message universel porté par des références religieuses qui apportent un côté mythique à ce film si particulier.

Le divin est le piler central du film. Pour exemple, chacun des pas du Dieu Cerf fait naître une touffe de fleurs qui meurt dès que son pied quitte le sol, symbolise poétiquement sa douce emprise sur la vie et la mort.
Ce même Dieu, à l’image de Jésus, marche sur l’eau en toute sérénité. On éprouve une certaine dignité et un certain respect pour ce Cerf aphone et neutre en toute circonstance à chacune de ses apparitions.Le fait que le Dieu-Cerf n’intervienne pas dans ce conflit montre bien que c’est essentiellement aux humains et aux animaux d’œuvrer pour la maintien de l’harmonie terrestre. C’est un peu le Kirin japonais de Miyazaki.


On peut aussi observer un certain caractère politique dans ce film : les luttes incessantes entre clans humains pour la possession du minerai, clé de l’industrialisation. Le tout sous le regard lointain de l’Empereur, qui n’y attache pas beaucoup d’importance sauf pour son propre intérêt.Miyazaki se revendique féministe dans ses films d’animation. Les personnages féminins qu’ils soient enfants, adolescentes ou femmes sont toujours au cœur du récit. Dans Princesse Mononoké, outre le fait qu’il attache de l’importance à San la fille des loups, le village des humains, proche de la forêt, est essentiellement dirigé par les femmes (anciennes prostituées recueillies par Dame Eboshi) qui dominent leurs maris. Les relations entre les hommes et les femmes sont visiblement inversées.

La patte graphique de Princesse Mononoké est caractéristique des films Ghibli. En effet, les trois quarts ont été dessinés à la main et plus de la moitié par Miyazaki lui-même, ce qui accentue l’ambiance très mystique de l’œuvre. Ce dernier s’est inspiré de l’ancienne forêt de Yakushima pour créer sa forêt des esprits. Un paysage réputé mystérieux et magique. Visuellement, le film est magnifique, les images sont à couper le souffle et témoignent d’une imagination débordante. L’univers de Miyazaki est bien là. Un visuel porté par les musiques somptueuses de J. Hasaichi.

En ce qui concerne les personnages, aucun n’est totalement bon ou mauvais. Chacun a ses ambitions, ses objectifs et tente d’y parvenir malgré les obstacles. C’est, il me semble, la vision complexe qu’a le réalisateur des relations humaines et l’explication qu’il donne de l’origine des conflits.

Ashitaka est l’un des derniers représentants d’un clan traqué et exterminé qui symbolise l’harmonie avec la nature. Mais malgré ce respect pour son environnement, il est victime d’une malédiction injuste et mortelle.

Dame Eboshi est une femme révolutionnaire qui veut à tout prix préserver l’autonomie et la prospérité de son village, quelles qu’en soient les conséquences. Elle n’hésite pas à se sacrifier elle-même ou les personnes qui l’entourent pour arriver à ses fins. Mais le personnage le plus énigmatique est Jiko Bou. A la fois bon et mauvais, fort et faible, sûr de lui et doutant de lui. Pourtant, sa loyauté envers l’empereur l’aveugle sur les conséquences de ses actes.

Princesse Mononoké est plus qu’un simple dessin aimé, car il apporte beaucoup de profondeur et de complexité à ses personnages. Touchants, à la fois par leurs qualités et leurs défauts, ils permettent (aidés en amont par un dessin soigné et une musique pleine d’émotion) au spectateur de s’immerger dans cette histoire.

Ce film aurait dû être le dernier long métrage de Hayao Miyazakien en tant que réalisateur. Mais, porté par le succès de ce bijou de l’animation à travers le monde, il décida de continuer l’aventure avec un autre chef d’œuvre : Le Voyage de Chihiro.

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