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[Critique] Le voyage de Chihiro, de Hayao Miyazaki

by benraconte

Histoire :

Chihiro, dix ans, a tout d’une petite fille capricieuse. Elle s’apprête à emménager avec ses parents dans une nouvelle demeure.
Sur la route, la petite famille se retrouve face à un immense bâtiment rouge au centre duquel s’ouvre un long tunnel. De l’autre côté du passage se dresse une ville fantôme. Les parents découvrent dans un restaurant désert de nombreux mets succulents et ne tardent pas à se jeter dessus. Ils se retrouvent alors transformés en cochons.
Prise de panique, Chihiro s’enfuit et se dématérialise progressivement. L’énigmatique Haku se charge de lui expliquer le fonctionnement de l’univers dans lequel elle vient de pénétrer. Pour sauver ses parents, la fillette va devoir faire face à la terrible sorcière Yubaba, qui arbore les traits d’une harpie méphistophélique. (Allociné)


Critique
:

Le Voyage de Chihiro est un autre chef d’oeuvre de Hayao Miyazaki, tant par la richesse de ses messages que par son ambiance soutenue. Ce dessin-animé est le plus rentable de l’histoire du cinéma nippon, avec plus de 200 millions de dollars de recette hors Etat-Unis.

Comme son ainé, Princesse Mononoké, il s’est vu attribuer une ribambelle de récompenses : Ours d’or du Meilleur film au Festival de Berlin en 2002, Awards of the Japanese Academy du meilleur film et de la meilleure musique en 2002, Hong Kong Film Award du meilleur film asiatique en 2002, Blue Ribbon Award du meilleur film en 2002, Prix des lecteurs du meilleur film aux Kinema Junpo Awards en 2002, Prix du film Mainichi du meilleur film d’animation, du meilleur réalisateur, de la meilleure musique et prix des lecteurs en 2002, Prix du public au Festival du film de San Francisco en 2002., Oscar du meilleur film d’animation en 2003, Satellite Award du meilleur film d’animation en 2003, Saturn Award du meilleur film d’animation en 2003, Annie Awards du meilleur film d’animation, du meilleur réalisateur, du meilleur scénario et de la meilleure musique en 2003 et Critics Choice Award du meilleur film d’animation en 2003.

Quand je dis chef d’oeuvre, c’est un chef d’oeuvre !

C’est à mon sens, une sorte d’Alice au Pays des merveilles japonnais, mais en bien plus complexe. En effet, le film véhicule de nombreux messages de dénonciation de notre société.
Le personnage du Sans-Visage est le parfait exemple du consommateur jamais assouvi de tous les objets inutiles qu’il achète, ici représentés par de la nourriture.

Comme nous, le Sans visage ingurgite toute cette nourriture technologique sans s’arrêter et croit qu’avec son or il peut tout acheter, même les valeurs telles que l’amitié ou l’amour.

Cette idée est développée en amont avec la scène où les parents de Chihiro s’attablent au guichet du restaurant et se servent impunément de tous les mets qui s’y trouvent alors qu’ils ne leur sont pas destinés. Le père aura pour excuse d’avoir sa carte bleue pour payer. Comme si le fait d’avoir des sous excusait son geste irrespectueux.

L’établissement des bains représente la société industrielle et sa hiérarchie. Les hommes-grenouille et les femmes sont les ouvriers qui travaillent sans relâche pour le bon plaisir des Dieux clients. Le tout sous le regard de Yubaba, caractérisant le patron sans compassion, sans merci et avide d’argent.
Le pouvoir des mots a une place très importante dans ce dessin animé. En effet, Yubaba retire le nom de ses serviteurs afin de les emprisonner éternellement dans cette société de travail et de consommation. Car, perdre son nom, c’est perdre ses racines, ses valeurs. Et sans valeurs, on devient esclave de celui qui a encore un nom. Yubaba est la seule à avoir un nom, c’est le chef, la personne reconnue. Les autres ne sont que des instruments de l’entreprise. Ils n’ont plus d’identité.

Mais Chihiro est l’électron libre de ce système. Avec son regard extérieur, elle ose faire ce que les autres ont peur de faire. Elle ose dire non au Sans Visage lorsque celui-ci lui propose de l’or. Elle ose aller au dernier étage de l’établissement, le bureau de Yubaba, représentant le haut de la hiérarchie.

Chacun a le pouvoir de dire non à la société et ses vices. Dire oui c’est être un maillon aveugle du système, c’est se faire dévorer. Mais dire non c’est être acteur de sa vie, être responsable de ses choix.

Autre message dénoncé par le réalisateur, l’individualisme. Tous les employés de l’établissement ne se préoccupent que de leur personne. La scène où Chihiro demande au guichetier un ticket pour le bain et où celui-ci refuse montre bien qu’il n’a que faire du sort que la sorcière réserve à Chihiro si cette dernière échoue. Tous sont obnubilés par l’or du Sans Visage et la soif de richesse. Seuls quelques rares personnages aident Chihiro dans ce monde capitaliste. Le message est alors de dire qu’il reste encore un espoir d’entraide et de soutien dans cet univers si noir. De nombreux autres messages sont cachés dans cette oeuvre si belle et complète, mais je vous laisse les découvrir/redécouvrir par vous-même.

Les dessins sont visuellement très beaux, toujours cette patte graphique particulière présente dans les animations du studio Ghibli, et qui accentue l’immersion dans un monde si étrange et magique. Miyazaki a le don de nous plonger dans son univers si particulier. Les musiques du film sont, encore une fois, signées Hasaichi et sont d’une rare beauté.

Outre l’armée de personnages qui composent ce film d’animation et qui représentent chacun une partie de l’être humain, Chihiro est de loin l’héroïne la plus marquée psychologiquement après cette aventure. Au départ renfermée sur elle-même, dans le cocon familial, elle va être séparée de ses parents et se retrouvera transportée dans le monde du travail et de la discipline. Elle va vite se rendre compte qu’elle ne s’en sortira pas toute seule et que c’est avec les autres personnages qu’elle va devoir se transformer et devenir autonome, si elle veut espérer survivre.
Que dire de cette œuvre si ce n’est qu’il faut absolument la voir, ne serait-ce que par sa beauté.

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